Et si on parlait musique libre ? (1)
Par groovenvibes le vendredi 13 juin 2008, 23:56 - Billets - Lien permanent
A l'occasion du projet de loi Olivennes, le débat sur les échanges non autorisés de musique et de films repart de plus belle, mais semble toujours éluder les questions essentielles, notamment celle de l'adaptation des droits d'auteur aux évolutions technologiques. Les acteurs ( y compris les labels indépendants ) semblent être peu enclin à la remise en cause des règles et pratiques régissant ces droits. Qu'est-ce qui pousserait d'ailleurs à les faire changer ? On voit fleurir des sites de ventes de fichiers musicaux qui reproduisent le même modèle que celui de la vente physique. Achète tes fichiers et te poses pas de question !!
Mais que recouvre exactement cette notion de droit d'auteur qui nous semble si naturelle ?
Un rapide coup d'oeil sur Wikipedia nous apprend que le droit d'auteur (
http://fr.wikipedia.org/wiki/Droit_d%27auteur ) est constitué d'une
part du droit moral, d'autre part du droit patrimonial. Sans rentrer dans les subtilités juridiques et
philosophiques, on peut dire que le droit moral est le droit intrinsèque
reconnaissant qu'un individu est propriétaire de son oeuvre ( à noter que cette
notion reste subjectivre et fluctuante dans le temps, l'ensemble du corpus des
chants grégoriens étant par exemple anonyme ). Le droit patrimonial est lui
intimement lié au développement des techniques de reproduction des oeuvres (
dans un premier temps, l'imprimerie ) et vise à rétribuer l'auteur sans avoir à
faire appel au mécénat ou à ses ressources propres ( mais en passant quand même
par un intermédiaire, l'éditeur pour les livres, la maison de disque pour la
musique ). Si on se replace dans le contexte des débats actuels, c'est bien le
droit patrimonial qui est au centre des débats. Et c'est le bouleversement
actuel des procédés de reproduction qui vient bousculer ses fondements.
Car un aspect fondamental que les maisons de disques et certains artistes
semblent oublier, c'est finalement que tout le système de vente de disques et
donc des revenus liés a été rendu possible par le développement de moyens de
reproduction de masse. On a trop souvent tendance à l'oublier, mais avant
l'apparition du disque, la monétisation
de ce droit passait
principalement par les concerts et les représentations.
L'exercice du droit patrimonial dans sa partie reproduction est devenu pratiquement impossible pour des biens culturels reproduisibles à l'infini. D'ailleurs, les milliers de fichiers musicaux stockés sur nos ordinateurs représentent-ils une valeur latente, la plupart d'entre eux n'étant que rarement voire jamais écouté ? Comment créer de la valeur dans un contexte d'abondance ?
C'est ainsi que de nouvelles formes novatrices de gestions des droits sont
apparues. Les principales et les plus utilisées sont les Creative
Commons et Art Libre, leur utilisation n'étant d'ailleurs pas restreinte
à la musique ( de nombreux blogs utilisent d'ailleurs la Creative Commons dont
celui que vous êtes en train de lire ). Il existe un grand nombre de variantes
( cf. l'excellent tableau comparatif de Dogmazic.net : http://www.dogmazic.net/static.php?op=tableau_licences.php mais elles
ont toutes en commun de reconnaître le droit moral ( l'auteur reste
propriétaire
de son oeuvre ) et de permettre une distribution et une
diffusion des oeuvres à des fins non commerciales. Donc, aucune restriction sur
la copie de l'oeuvre, ce qui semble bien adapté au contexte actuel, mais sans
exclure la rétribution en cas de vente ( vinyle, CD , ... ). Ce qui encourage
la diffusion de l'oeuvre. Car finalement, malgré le discours ambiant, la
distribution gratuite d'oeuvre a toujours existé ( copies promo envoyés aux
journalistes, aux disquaires; dubplates diffusés en club permettant de tester les morceaux
auprès du public; etc ... ). Elle était simplement restreinte par les
contraintes du support physique. Au lieu d'essayer de contrôler la diffusion,
ce nouveau type de licence prend acte de l'évolution technologique tout en
laissant le champs libre aux exploitations commerciales innovantes.
Attention, la mise à disposition gratuite ou avec libre participation ( comme l'a fait Radiohead ) n'implique pas forcément que l'oeuvre soit libre: leur dernier album In Rainbow reste toujours soumis à copyright. Parmi les artistes déjà connus ayant choisit de publier leurs créations sous format libre, les exemples sont encore rares mais on peut citer le groupe de rock industriel américain, Nine Inch Nails qui a mis ses deux derniers albums Ghosts_I-IV et The Slip en Creative Commons. A noter que le groupe a sorti un package « ultra-de-luxe », en édition limitée avec versions CD et vinyle plus une dédicace autographiée du fondateur du groupe Trent Reznor, à 300 dollars pièce et l'objet a trouvé 2500 acheteurs !! La valeur en musique semble donc être bien plus complexe qu'une vente binaire à l'unité.
Même si le copyright dans sa forme actuelle va encore faire de la resistance, la musique libre pourrait en partie répondre aux nombreux défis auxquels l'industrie du disque est confrontée.
- Dogmazic, association de promotion des musiques libres http://www.dogmazic.net
- Pragmazic, disquaire en ligne proposant de la musique libre en CD, vinyl ou téléchargement http://www.pragmazic.net
- Jamendo : Plateforme de téléchargement de musique libre http://www.jamendo.com
Dans un prochain article consacré aux musiques libres, nous poserons quelques questions à des labels indépendants concernant leur point de vue vis-à-vis de ces nouvelles licences.
Commentaires
Tout cela est un carnage, il est bon d'en parler.
D'ailleurs en parlant de carnage : les avis "éclairés" de la presse
Les Echos : http://tinyurl.com/5sx7v5
Joffrin de Libé : http://tinyurl.com/5tlvbb