Quelle est votre position vis-à-vis du téléchargement illégal ? Les mécanismes classiques de gestion des droits d'auteur ( notamment le copyright ) sont-ils adaptés au contexte actuel ?

Etant donné que ce type de téléchargement pénalise les artistes en leur faisant perdre beaucoup d'argent, je ne peux donc pas cautionner de telles pratiques. Selon moi, le copyright actuel peut toujours permettre une rétribution des artistes, via le téléchargement légal notamment. Je suis également favorable à une forme de taxation des fournisseurs d'accès Internet sur le volume de bande passante ( un peu à l'image de ce qui se fait pour le CD-R et les disques durs ), une large majorité d'entre elle étant utilisé à l'échange de fichiers soumis à copyright. Quant à la licence globale, elle apparaît insuffisante en terme de rémunération des artistes.

Avez-vous déjà entendu parlé des licences dites libres ( Creative Commons, etc ... ) ?

Non. Je lui en explique les principes. Il s'interroge sur la structure juridique des Creative Commons. Je lui indique qu'il s'agit d'une organisation à but non lucratif et dont les réflexions sont principalement issues de travaux universitaires ( Ecole de droit de l'université de Stanford ).

Le groupe Nine Inch Nails a sorti ses deux derniers albums en Creative Commons. En avez-vous entendu parlé ?

Non.

A votre avis, pourquoi ce type de gestion des droits d'auteur n'est-il pas plus développé ?

Ma réserve principale concerne le type de modèle économique que sous-tend un tel système. Comment rendre viable un tel modèle? La rémunération de l'artiste y sera-t-elle équivalente ? Comment est rémunéré l'artiste ainsi que le producteur ? En effet, la production d'un artiste nécessite un investissement lourd ( construction d'une image, promotion, graphisme et art work, etc ...). Découvrir puis soutenir un artiste nécessite donc du temps et de l'argent. Il faudrait donc imaginer de nouvelles sources de revenus. Si la rémunération de l'artiste repose principalement sur les dons du public, il n'est pas évident que les contributions volontaires soient suffisantes. Quant à un modèle basé majoritairement sur la publicité ( un peu comme Deezer, dont je suis d'ailleurs un utilisateur régulier ), je crains qu'il ne prive le public de son libre choix ( pouvoir soutenir un artiste en achetant ses disques ) et ne rende la musique dépendantes de marques. L'exemple de Nine Inch Nails me semble atypique. En effet, il s'agit d'un groupe déjà connu et aux positions assez tranchées parfois radicales s'adressant à un certain type de public.

Envisageriez-vous de produire sur votre label des artistes ayant choit de sortir leur titre en Creative Commons ?

Dans l'état actuel des choses, ce serait difficile et demanderait une réflexion approfondie. Mais si nous arrivions à trouver de nouvelles pistes permettant à la fois de rémunérer correctement l'auteur et le producteur, nous sommes ouverts sur le sujet.

Pensez-vous que ce type de licence va se développer ?

Oui, surtout avec le développement de Internet. Cela peut être une réponse aux besoins de certains artistes. Mais, je crains qu'il existe un risque de nivellement par le bas et que seul les artistes ayant les moyens de se faire connaître s'en sortent.

Pensez-vous que ce type de licence puisse être une opportunité pour les mouvements musicaux émergent ?

Oui, mais d'une manière plus générale, c'est la facilité de circulation de la musique sur Internet qui peut favoriser leur développement.

Pensez-vous que la gestion en CC puisse faciliter les créations liés à la manipulation des oeuvres ( mashup, remix, mixtapes ... ) ?

Oui. Mais, finalement, le copyright n'a jamais vraiment empêcher cela même si cela se fait souvent dans l'illégalité ( les ayant-droits se manifestant uniquement lorsqu'une de ces créations rencontrent un succès pouvant générer des revenus).Dans ce cas, les Creative Commons enterine une pratique courante.

Merci à Simon de Dialect Recordings

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